> [!note] > *Dans cette entretien, [Benoit Freslon](https://benoitfreslon.com/) (de [videogamecreation.fr](https://videogamecreation.fr/)) a répondu à mes questions sur le métier de game designer. Je l'en remercie.* > > *Le game designer, sorte d’UX designer du jeu vidéo, pense le cœur de ce que le joueur va expérimenter, il réfléchit à l’expérience de jeu. Je ne vous en dis pas plus à ce sujet, c’est précisément ce dont parle l’interview.* ### Benoît, je te laisse te présenter… Je suis Game Designer freelance, donc prestataire en game design, mais aussi dans d’autres domaines: en développement Unity par exemple. À côté, je suis aussi développeur indépendant ; je crée mes propres jeux que je diffuse sur les plateformes de téléchargement. Et encore à côté, je suis formateur et blogueur depuis peu. Mais quand je me présente, je suis avant tout Game Designer. ### Pourquoi ce choix de parcours ? Pourquoi le game design ? En fait j’ai toujours aimé créer, des jeux notamment, depuis tout petit. Dans un premier temps des jeux physiques avec trois bouts de bois, trois balles de golf, des LEGO... Je m'amusais à créer de petites expériences pour m’amuser ou amuser des amis. Le jeu vidéo c’était un peu ce qui regroupait tout ce que j’aimais : le cinéma, l’écriture, l'interaction, l’élaboration de règles... Cela, je l’ai vraiment découvert début 2000 avec Metal Gear Solid. Un chef-d'œuvre qui m’a donné l’envie de me lancer dans le monde du jeu vidéo. Concrètement, j’ai remarqué qu’avec un jeu on pouvait donner des émotions et pas simplement jouer “à une machine”. Ce n’est pas que cela le jeu vidéo, c’est aussi le 7e art, l'interactivité, briser le 4e mur ! D’ailleurs le jeu en général m'intéresse, pas seulement les jeux vidéo. Comme j'étais fils unique, je jouais beaucoup tout seul donc j’ai pas mal découvert le panel des jeux de l'époque : Nintendo, Megadrive, Super Nintendo, Game Gear... Ça fait un moment en fait que je baigne là-dedans. Après, l’idée de devenir créateur de jeux, ça a été un peu plus tard avec l'arrivée de la PlayStation et donc de Metal Gear Solid. ### Quel a été votre parcours scolaire et professionnel ? J’ai eu un bac électrotechnique. Ensuite, je me suis orienté sur un DUT SRC (Services et Réseaux de Communication), donc l’actuel MMI (Métiers du Multimédia et de l’Internet). J’avais déjà en tête de mettre un pied dans le monde des jeux vidéo, mais j’ai préféré faire une licence multimédia dans la continuité de mon DUT. Durant ces études, j’en ai profité pour faire un peu de jeux vidéo ; j’essayais de ramener de l'interactivité dans mes projets. Cela m'a permis de découvrir un peu plus la programmation, avec Flash, JavaScript, HTML, PHP... Bref, tous ces langages que j’ai appris durant mes années de fac et de DUT. Concrètement, j’ai remarqué qu’avec un jeu on pouvait donner des émotions et pas simplement jouer “à une machine”. Ce n’est pas que cela le jeu vidéo, c’est aussi le 7e art, l'interactivité, briser le 4e mur ! Juste après ma licence, j’ai tenté d’intégrer une école de jeux vidéo. J’ai été pris à ISART Digital sur Paris, à Bastille à l’époque. Durant mes deux années à ISART, j’ai fait pas mal de stages et quelques jeux étudiants. J'étais en contrat de professionnalisation, donc je travaillais dans un studio de jeux vidéo à Paris. Ça m’a permis de voir comment cela se passait dans un studio, d’appliquer ce que j'apprenais en cours et inversement ça m’a aidé sur mes projets personnels. Après, j’ai encore continué une année dans un studio en tant que Game Designer et développeur, en donnant à côté des cours à l’école. Puis j’ai finalement décidé de quitter mon studio de jeux vidéo en 2009 pour être totalement indépendant. ### De toutes vos expériences, le Game Designer ce serait donc plus un technicien ou un créatif ? Le Game Designer est un bricoleur, c’est quelqu’un qui veut expérimenter. C’est un créatif parce qu’il a l’idée, qu’il doit la mettre en place et la communiquer. Mais une idée ça ne vaut rien tant que ce n’est pas testé concrètement. Toutes nos intentions doivent être réellement créées, et donc via la technique. En général, le Game Designer fait un prototype de jeu à partir de son idée de base et du coup met un peu les mains dans le cambouis, teste tout ça, mais sans non plus être l’expert technique d’un projet. ### Et l'importance de la communication dans le travail du Game Designer ? Le Game Designer communique sur tous les aspects d’un projet, que ce soit avec les membres de l’équipe, ou que ce soit avec les joueurs, parce qu’un jeu vidéo quoi qu’il arrive, c’est de la communication. On doit communiquer aux joueurs comment jouer, quelles sont les règles du jeu. On doit narrer en quelque sorte le jeu vidéo via un média, et cela via tous les canaux possibles : l’audio, la vidéo, le texte, les interactions… Le Game Designer doit présenter tout ça, soit à des membres de l'équipe, soit aussi à des investisseurs, des éditeurs... En gros, le Game Designer doit connaître le jeu sur le bout des doigts parce que c’est lui qui la plupart du temps est la tête du projet, qui a l'idée, qui va créer l’expérience de jeu. Ce n’est pas un chef de projet mais c’est quelqu’un qui va faire en sorte que le jeu soit fun, intéressant et vendable. Parce qu’il y aussi différents aspects du game design, le marketing fait partie des qualités que l’on peut recommander à un Game Designer : savoir tout de suite si le jeu va pouvoir se vendre. ### Quelles seraient donc les qualités d’un bon game designer ? La qualité première qui ressort dans le livre The Art of Game Design, c’est l’écoute. Le Game Designer est là pour créer une expérience de jeu, ni pour lui, ni pour les membres de l’équipe, mais pour le joueur. L’écoute, c’est aussi avec l'équipe de développement, les financeurs, les personnes du marketing... C’est l’écoute mais aussi le débat qui doit se créer, il faut sans cesse argumenter, prendre du recul. On doit être un bon communicant. Comme je l’ai dit tout à l’heure, ce n’est pas seulement communiquer avec d’autres personnes, c’est aussi faire passer ses idées, ses intentions et son message dans le jeu vidéo. Un bon Game Designer, c'est aussi quelqu’un qui arrive à finir un jeu vidéo, qui sait analyser, est ouvert d’esprit, qui sait surprendre le joueur et lui donner du plaisir via le jeu. Il faut s'adapter à toute éventualité, s’adapter au marché, s'adapter aux clients, s’adapter aux joueurs, c’est tout cela ; ça évolue tellement vite ! Ce sont des qualités, pas des talents particuliers, je pense que ça se travaille. Un bon Game Designer, quelqu'un qui a de l'expérience, c’est quelqu’un qui s’est planté assez souvent, qui apprend beaucoup de ses erreurs. Quand on se plante, c’est une très bonne expérience aussi. ### Ses fonctions et son travail peuvent-ils varier selon la taille du projet et de l'équipe ? Oui, forcément. Si je prends l’exemple d’un studio triple-A comme Ubisoft par exemple, chaque poste est très spécifique : un programmeur orienté gameplay, un programmeur orienté outil, un programmeur orienté interface, même chose côté game design. Par contre dans une structure beaucoup plus petite comme un studio de développement indépendant, il faut être polyvalent. Il faut connaître un peu toutes les facettes pour pouvoir s’adapter, être un peu touche à tout, avoir de multiples casquettes. ### Ses fonctions et son travail peuvent-ils varier selon la taille du projet et de l'équipe ? Word. *rire* C'est ce que l’on a l’habitude de dire et c’est cela en fait, nos idées vont d’abord être écrites sur papier ou sur un document numérique. Il y a aussi les moteurs de jeu, soit propriétaires, soit créés en interne, parce que le Game Designer va potentiellement devoir créer un prototype avant de commencer le développement. Il peut aussi travailler sur des fichiers .xml qu’il va modifier, ou tout simplement, des tableurs, tout ça fait aussi partie de ses possibles outils de travail.